mercredi 22 juillet 2015

La Tiers-Mondialisation (3)

Ecrit en décembre 2012
La Tiers-Mondialisation (3)


 Le Nord (L'Europe)... est sous la contrainte de l'ajustement des structures néolibéral imposé par la finance.

Pour un ajustement « par le bas »…
            Tenus de mettre en oeuvre des programmes d’ajustement structurel similaires à ceux imposés aux pays du Sud, les pays du Nord vont subir un ajustement « par le bas ».
Pour dégager des marges de manœuvre budgétaires afin de faire face au service de la dette et pour, éventuellement, amorcer un processus de désendettement, il faut augmenter les recettes de l’État et diminuer ses dépenses, tout en suscitant la croissance économique. Mais, en phase de récession, l’austérité a des effets procycliques, dans le sens où elle ne fait qu’aggraver la situation. La rigueur se traduit par une baisse de la demande intérieure que ne peut pallier la hausse des exportations, ne serait-ce que parce que la crise est mondiale.
La déprime de la demande réduit la croissance, les rentrées fiscales… implique une réduction supplémentaire de la dépense publique qui, à son tour, affecte la demande[1]... De plus, étant donnée l’incapacité des gouvernements à réduire le déficit public, les agences de notation sévissent en dégradant la note du pays, ce qui renchérit l’accès au crédit, creuse à nouveau le déficit public et augmente le volume de la dette par un effet « boule de neige ». C’est le cercle vicieux de l’ajustement « par le bas » duquel, par exemple, la Grèce semble prisonnière.
Les néolibéraux ne se soucient guère de l’économie réelle, ni des dégâts sociaux, mais exclusivement de la situation financière, analysée du point de vue des créanciers. L’ajustement imposé est l’expression d’une « guerre financière - et les objectifs de cette conquête financière sont les mêmes que ceux des conquêtes militaires : d’abord s’emparer de la terre et des richesses du sous-sol sur lequel on exige le versement du tribut d’une rente, deuxièmement, des infrastructures publiques pour extraire une rente de leur coûts d’usage, et enfin de toutes entreprises ou actifs appartenant au domaine public[2] ».
Cette dynamique de prédation de la finance internationale peut engendrer des critiques, des oppositions, des désordres…

… Qui implique de maîtriser la critique et de canaliser les oppositions
Comme lors de la crise asiatique de 1997-1998[3], depuis le début de la crise bancaire de 2008, le capitalisme financiarisé est en danger. Des voix tentent de se faire entendre, des critiques fusent, des mouvements se créent, des populations contestent dans la rue, parfois violemment… La convergence de ces démarches pourrait déboucher sur une « révolution » fatale aux financiers et à leurs serviteurs.
Menacé, le système réagit. Tout d’abord, comme à l’habitude, les medias complices occultent toute critique ou remise en cause et mettent en avant le discours d’ardents défenseurs (pseudo experts, politiciens…) du capitalisme financiarisé. Ils nous disent : il ne se passe rien et, de toute manière, il n’y a pas d’alternative[4] ! Mais, notamment, Internet, les réseaux sociaux… diffusent l’information interdite et donnent la parole à la critique acerbe, ce qui rend, peu à peu, caduque la stratégie de « négation » en discréditant le discours  officiel. Lorsqu’il n’est plus possible de feindre d’ignorer, le système développe une stratégie à deux volets.
D’une part, on assiste à l’instrumentalisation et à la surmédiatisation d’une vague de critiques émanant de personnalités ayant été, à des degrés divers, impliquées dans la promotion, la défense ou la mise en œuvre de la mondialisation néolibérale.  Il s’agit de critiques « internes » de la part « d’insiders ». C’est ce qu’il s’est produit, après la crise asiatique, lorsque des personnalités comme Joseph Stiglitz, George Soros, Paul Krugman, Jeffrey Sachs… ont vivement dénoncé le « fondamentalisme du marché[5] ». La caractéristique commune de ces critiques était un soutien à l’économie de marché (plus ou moins nuancé), la certitude que la mondialisation est souhaitable mais que sa mise en œuvre a été parfois problématique. En fait, derrière une rhétorique parfois virulente, se cachent quelques maigres propositions d’aménagement réel du système. Il en est pour preuve que, dix années après l’Asie, et malgré les discours des insiders[6] et leurs propositions de réforme, nous sommes entrés dans une crise encore plus grave. Il s’agit, avant tout, en agitant les marionnettes des insiders, d’entonner le chant des sirènes dans le but de séduire les populations afin de sauver le capitalisme financiarisé[7].
D’autre part, il faut canaliser et désamorcer toute révolte latente. Au Nord, le danger peut émaner des jeunes « sans avenir » et des classes moyennes en cours d’euthanasie. En conséquence, il est nécessaire de neutraliser les mouvements spontanés et de favoriser l’apparition et la médiatisation de groupements réellement inoffensifs pour le système. Cette démarche passe par la revendication du recours à la non violence et du caractère « apolitique[8] » des mouvements contestataires ainsi que par la mise en avant de propositions qui vont, in fine, dans le sens du renforcement de la dictature de la finance.
Malgré tout, subsiste le risque de voir émerger des forces réellement hostiles au néolibéralisme, porteuses de projets alternatifs et susceptibles de prendre le pouvoir dans le cadre du processus démocratique[9]. D’où la nécessité d’ancrer plus profondément le néolibéralisme et d’annihiler totalement la démocratie.



[1] Selon les néo-structuralistes, l’ajustement est souvent contractionniste. Cf. infra, chapitre 4 : les critiques de l’ajustement.
[2] Michael Hudson, « Reniements européens : la prise de pouvoir par la finance », ContreInfo.info, http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3140 consulté le 5 janvier 2012.
[3] Cf. infra, chapitre 4.
[4] On se rappelle les mots de Margaret Thatcher : « There is no alternative ».
[5] Cf. infra, chapitre 4.
[6] Voir : Bernard Conte, « Démasquons les insiders », Comité Valmy, 18/12/2011, http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2112
[7] Pour la crise actuelle, on peut ajouter à la liste des insiders : Warren Buffet, Al Gore, Jacques Attali…
[8] L’apolitisme signifie manifester contre l’oppression économique et sociale, mais en aucun cas contre l’oppression politique.
[9] Cf. infra, chapitre 4 : Le consensus de Washington bute sur l’obstacle politique.



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