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vendredi 1 juillet 2016

Euro 2016 : de nouveaux stades trop grands et trop chers qui bénéficieront d’abord aux géants du BTP



PARTENARIATS PUBLIC-PRIVÉ

Euro 2016 : de nouveaux stades trop grands et trop chers qui bénéficieront d’abord aux géants du BTP

 PAR JEAN SAINT-MARCVINCENT GRIMAULT

Le championnat d’Europe de football, qui se déroule en France du 10 juin au 10 juillet, échappera-t-il aux scandales qui accompagnent régulièrement le coût pharaonique des nouveaux stades, comme en Grèce pour les JO de 2004, ou au Brésil pour la coupe du monde 2014 ? Pour la construction et la rénovation des stades de l’Euro 2016, les collectivités françaises ont une nouvelle fois mis la main au portefeuille. Bien souvent à travers des partenariats publics-privé engageant les finances publiques pour plusieurs décennies, pour le plus grand bénéfice des concessionnaires des stades, les grands groupes du BTP. Enquête sur des opérations coûteuses et risquées, en partenariat avec le mensuelAlternatives économiques.
Ils sont grands, ils sont beaux, ils sont neufs, et l’espace de quelques matchs, ils seront pleins et colorés. Ensuite ? La plupart des stades utilisés pendant l’Euro 2016 seront réinvestis par les clubs français. Et ils retrouveront probablement leur visage plus classique : des enceintes surdimensionnées, aux gradins clairsemés. Qui laissent une belle facture à de nombreuses villes françaises.
Après l’obtention de l’organisation de l’Euro 2016 en mai 2010, plusieurs nouveaux stades ont été lancés et d’autres rénovés. A l’époque, les partenariats public-privé (les fameux PPP, voir schéma) sont à la mode. Ce mode de gestion permet aux villes d’être propriétaires des stades au final tout en investissant peu à court terme, car une part importante de l’investissement initial est prise en charge par un acteur privé. En échange, la ville s’engage à lui verser un loyer annuel convenu à l’avance. Les villes auraient pu choisir de laisser les grands clubs financer eux-mêmes leur stade, comme cela se pratique au Royaume-Uni ou en Espagne, mais en France, « les maires préfèrent que les stades appartiennent à la ville, parce qu’ils tiennent à être chez eux dans leur stade », explique un ancien membre des plus hautes instances du football français. D’où les centaines de millions d’euros de dépenses publiques engagées pour des stades qui hébergent surtout des clubs et des compétitions privées. Les villes de Nice, Bordeaux, Lille ou encore Marseille ont signé des partenariats de ce type. Six ans après, le bilan alterne entre mauvais et catastrophique.

Syndrome de la « cathédrale vide »

Selon nos informations, la Cour des comptes a d’ailleurs lancé une enquête nationale pour estimer le coût de l’Euro, et notamment celui des stades. « A l’époque, les PPP étaient la panacée. On en a tous mésestimé les effets, y compris les analystes », confesse Olivier Monna, économiste du sport au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES). Parmi ces effets, l’engagement de long terme pris par les municipalités ressemble à une bombe à retardement : au Mans par exemple, depuis la liquidation du club professionnel suite à de mauvais résultats, la ville paie 3,2 millions par an à Vinci pour un stade qui n’accueille plus de rencontres régulières, et dont elle ne sera effectivement propriétaire qu’en… 2044.
Outre la question du financement, celle de la taille de ces stades se pose également. Les nouveaux stades et les rénovations ont permis d’augmenter fortement la capacité des enceintes françaises, mais le public n’a pas suivi au même rythme : « jusque-là, on a créé plus de sièges vides qu’on a occupé de sièges supplémentaires », observe Jérôme Latta, journaliste et fin connaisseur du football. Ce syndrome de la « cathédrale vide » [1] qui guette (voir graphique) vient surtout de l’envie de copier le « modèle allemand ».

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